Xavier Guilbert
@xguilbert
rédac'chef (par défaut) de du9, l'autre bande dessinée // écrit dans ATOM Magazine // commissaire d'exposition occasionnel // débordé chronique
"do not attribute to malice what can be explained by incompetence." j'ai toujours en tête ce passage de Fortune & Glory de Brian Michael Bendis:
l'étude 2026 confirme également cette évolution de la lecture de bande dessinée qui se tourne dans un premier temps vers le franco-belge (probablement par le biais de la bibliothèque familiale) avant de basculer dans le manga à l'abord de l'adolescence.
on y retrouve cette disparité de genre, avec des garçons beaucoup plus attachés à la bande dessinée que les filles, qui se tournent plus vers les romans (dans un mouvement qui s'accentue avec l'âge).
sinon, histoire de parler de bande dessinée (puisque c'est un peu mon fond de commerce), on retrouve le genre en tête des genres plébiscités par les jeunes.
le vrai signal alarmant se situe du côté du temps consacré à la lecture, estimé à 3h hebdomadaires en 2016, et à seulement 2h en 2026... la faute aux écrans? pas si vite...
pour rappel, voici l'état des lieux dressé en 2016, où l'on retrouve peu ou prou les mêmes catégorisations (avec un regroupement par niveau scolaire plutôt que par tranche d'âge):
quelques pages plus loin, on trouve cet autre graphique, qui montre l'évolution de la lecture "dans le cadre des loisirs par goût personnel", toujours depuis 2016.
on trouve ainsi en introduction de la synthèse de l'étude ce graphique, détaillant l'évolution de la lecture "pour l'école/le travail" auprès des jeunes depuis 2016.
... et comme attendu venant du Central National *du Livre*, on parle avant tout de la lecture *de livres*, quand bien même il s'agirait de la "lecture" de livres audio. et tant qu'on y est, le focus manga de l'étude, c'est cadeau)
(sans entrer dans les détails, je vous mets ici le graphique de l'évolution des prix moyens par segment depuis 2007 comparé à l'inflation, ça peut toujours servir)
sur cette période, l'alternance "opulence et disette" décrite par les journalistes du Monde ne s'observe que sur la période 2013-2017 pour les ventes en valeur. jugez plutôt:
pour revenir à la production de bande dessinée, voici l'évolution des deux segments vus par Electre ("Bandes dessinées" et "Bandes dessinées, Mangas") sur la période 2021-2025, où l'on observe la montée en puissance de l'offre en provenance du Japon.
on retrouve ce décompte (made in Electre Data Services, donc) dans les Chiffres-Clés du Secteur du Livre publiés par le Ministère de la Culture, dont je reprends ici le graphique:
voici donc ce que cela donne pour l'année 2025, en valeur, sachant que l'on a un grand nombre d'ouvrages pour lesquels il n'y a pas d'information, et qui représentent 30% du total (aire gris foncé).
si l'on se concentre sur le segment BD DE GENRES, on est sur 16% des sorties, 25% des ventes en volume et 33% des ventes en valeur sur les 6 dernières années. on reste donc assez loin de l'omniprésence dénoncée par certains.
par rapport à l'ensemble du marché, le roman graphique représente, sur ces dernières années, environ 6% des sorties et des ventes en volume, et 12% des ventes en valeur, du fait d'un standard de prix (autour de 22€) notablement plus élevé que la moyenne (11€).
sous l'impulsion des grands éditeurs donc, l'évolution de la catégorie montre une progression forte jusqu'en 2020, le format semblant s'être installé et plus ou moins stabilisé depuis.
lors du bilan anniversaire des 25 ans de la structure, Serge avait publié les ventes à date de l'ensemble des 211 livres au catalogue, cumulant près de 620 000 exemplaires, soit une moyenne de 3000 exemplaires... mais une médiane à 960.
lorsque les données sont disponibles, l'écart entre la mise en place des nouveautés et leurs ventes constatées à la fin de la première année et de la deuxième année sont éclairantes sur les risques qui menacent une maison d'édition.
cela est confirmé par une saisonnalité des sorties assez stable, avec en rouge la médiane du nombre de sorties indiquant le rythme "normal" de çà et là: un livre par mois, à l'exception de juillet et décembre (pas de sortie) et d'octobre (deux sorties).
on peut commencer par le nombre de nouveautés par an, qui est, comme on le voit, très modéré, et qui semble même aller vers un peu plus de retenue ces dernières années puisque l'on est sur 10 nouveautés seulement pour 2025.
on peut observer sur le graphique ci-dessous comment a pu évoluer le duel entre les deux séries depuis l'ascension irrésistible de Mortelle Adèle, dans une progression qui semble cependant marquer le pas en 2025 (-23%).
du côté des courbes de saisonnalité du marché, on observe combien janvier se maintient à un bon niveau post-décembre, avant le creux marqué de février-mars (l'année 2025 en rouge). reliquat des ventes de Noël ou impact des sorties programmées pour le FIBD? probablement un peu des deux.
le même graphique réalisé pour chacun des quatre grands segments identifiés par GfK (MANGAS / COMICS / BD DE GENRES / BD JEUNESSE) révèle des dynamiques très différentes.
je sais bien que l'attrait du #JourDeMarché réside avant tout dans les graphiques colorés dont je parsème mes élucubrations, et celui-ci n'y échappera pas. admirez plutôt:
partage de quelques-unes des diapositives préparées pour la rencontre avec @derfbackderf.bsky.social hier soir au @forumdesimages.bsky.social, une manière toute personnelle d'explorer la narration à l'échelle d'un livre.
voici 4 graphiques que l'on peut réaliser à partir des chiffres du Ministère de la Culture, afin d'analyser rapidement la situation.
le graphique ci-dessous, qui montre la contribution d'Astérix aux ventes sur 12 mois glissants dans le réseau des GSA (Grandes Surfaces Alimentaires) et l'ensemble qui recouvre les librairies spécialisées montre l'importance relative d'Astérix pour les uns et les autres.