Actuel Moyen Âge
@agemoyen
Blog de diffusion de la recherche en histoire médiévale. Compte tenu principalement par Florian Besson. Retrouvez nos articles sur
Ce genre de poème, jeu littéraire raffiné, est alors très à la mode parmi les clercs carolingiens. C'est une manière de montrer sa parfaite maîtrise de l'écrit (un texte qui se lit de gauche à droite ET de haut en bas ou en rond pour dessiner des formes). C'est beau, non ? 😍
La phrase continue sur le buste de Judith, où on lit : "protège Judith, ô Dieu, amour suprême". Dans le double cercle qui entoure Judith (on appelle cela le tondo), on lit cette fois : "Donne lui des dons bénis, ô Dieu, donne lui d'en haut la couronne".
Les lettres qui se trouvent dans la main de Dieu disent littéralement "main du Dieu tout puissant, Christ" (Dextra Dei summi Criste). (notez l'élégance : le "dextra" peut se lire horizontalement ou verticalement... Oui, Raban est fort et aime le montrer)
C'est le premier portrait d'une souveraine carolingienne ! Le texte se lit comme un texte "normal", de gauche à droite, sans ponctuation mais dans une belle écriture facile à lire : la minuscule caroline, une écriture apparue vers 780.
Alors là : Philippe de Villiers qui cite et s'appuie sur la DDHC, héritage révolutionnaire, j'étais pas prêt 😅. Le prochain spectacle du Puy du Fou s'intitulera : "en fait désolé d'avoir dit n'imp' depuis 40 ans, vive la révolution, vive la république !" 😉 poke @mathildelarrere.bsky.social
Dans la dernière saison de House of the Dragon, on voit Corlys Velaryon se guider avec une pierre transparente : une "pierre de soleil", un objet qu'on a souvent attribué aux scandinaves du Moyen Âge... mais qui, a priori, n'a jamais été utilisé ainsi ! poke @lagardedenuit.bsky.social
Ah et une remarque un peu décalée mais révélatrice : parlant du roi Rodéric qui viole une jeune princesse, de Villiers écrit "il la déshonore". Surtout, ne pas nommer les VSS, euphémiser le viol (poke @laeliaveron.bsky.social). Quand on connaît l'histoire familiale des Villiers, c'est glaçant.
Quelques références biblio pour aller plus loin journals.openedition.org/medievalista...
D'où ce dernier paragraphe, qui pique les yeux de ceux qui aiment l'histoire (et les maths, non non Philou entre 150 et 700 ans ça fait pas "en moyenne 7 siècles"). Les mots sont bien sûr très violents : "dégager l'oumma", ça veut dire dégager des gens, stigmatisés pour leur religion.
De Villiers quitte ensuite l'histoire médiévale pour une page hallucinante. Tout est faux. Les fêtes traditionnelles "interdites" ? L'enseignement de l'histoire "largement islamisé" ? C'est grotesque. On en rirait si on ne savait pas que des gens lisent, écoutent et croient ces propos...
On arrive au bout (du chapitre et du thread). L'histoire de Tolède est explicitement pensée comme une prophétie : "on peut lire en transparence notre propre destin". C'est évidemment faux. L'histoire ne se répète pas. L'avenir n'est jamais écrit.
On retrouve ensuite le mythe de la convivencia. Oui, c'est vrai qu'à une certaine époque (ajd très lointaine) on a un peu trop insisté sur l'idée d'une Al-Andalus tolérante. Mais en réalité cette vision n'a jamais été promue par des médiévistes et a au contraire tôt été critiquée
Oui, la conquête islamique bouleverse les structures sociales et politiques, et entraine des dynamiques d'acculturation, parfois forcées. Mais... c'est le principe d'une conquête. C'était vrai également quand les Romains ou les Wisigoths se sont emparés de la péninsule !
De Villiers déforme les faits : les dynamiques (réelles !) d'arabisation et d'islamisation sont vues comme "une sorte de fascination exotique de l'arrivant". Comme si les chrétiens s'étaient laissés "fasciner", comme une souris par un serpent.
Ces règles sont d'ailleurs rarement appliquées. Pensons à Samuel ibn Nagrela, juif mais vizir de Grenade. Vous m'arrêtez si je me trompe, mais un premier ministre noir dans l'Afrique du sud de l'apartheid, je suis presque sûr que ce n'était pas vraiment possible...
On retrouve la vision déformée du statut de dhimmi, avec notamment le terme (inapproprié) de "dhimmitude". Oui, c'est un statut de soumission (formelle, juridique et fiscale), mais on ne peut pas du tout dire, comme le fait Villiers, que c'est "l'apartheid"
...et c'est bien sûr très très lourd. Oui on a COMPRIS Philou que les méchants musulmans allaient nous envahir si on n'avait pas une GROSSE armée. On a compris, parce que ça fait 20 ans que tu le répètes, toi et tes ami-es d'extrême droite vendeurs de peur et semeurs de haine.
On retrouve chez de Villiers l'obsession d'un "pouvoir central faible, trop faible" : c'est parce qu'il n'y aurait pas eu d'armée royale que les méchants musulmans auraient pu conquérir la péninsule. C'est faux (cf l'Egypte !), et c'est anachronique (pas d'armée royale en 711 !).
Les collabos, pour nos oreilles de 2026, c'est le mal absolu, peut-être pire encore que les Nazis en eux-mêmes. Ecrire qu'un noble de 700 a "collaboré" avec l'islam, c'est vraiment une manière d'utiliser les mots pour tromper un lecteur.
De Villiers répète le mot "collaboration" pour désigner la manière dont (certaines) élites wisigothes se sont alliés avec les troupes du califat : le terme est bien sûr très connoté, surtout en France, et donne d'emblée une certaine lecture des événements
Tout est ancré dans une lecture "choc des civilisations". Cf ces lignes par exemple. C'est évidemment dramatique, lourd, erroné. Cette idée postule que les royaumes chrétiens du XIIIe siècle sont "la même civilisation" que les rois wisigoths du VIIe, ce qui est bien sûr absurde.
Le schéma global est simple : les méchants musulmans ont envahi l'Espagne (chrétienne) à cause de la trahison des élites, puis il y a eu une violente violente à cause de chrétiens lâches, mais heureusement la Reconquête a permis de chasser les méchants musulmans.
Quand Philippe de Villiers utilise le Moyen Âge pour alimenter ses propos anti-islam : un exemple tiré de son dernier livre (Populicide), avec un chapitre consacré à la conquête islamique de l'Espagne wisigothique... Un fil (très) critique ⬇️ #debunking #histoire #medievalists #medievalsky
Cette fin résonne avec le contexte de rédaction du texte : la cour des Plantagenêt est marquée par des révoltes des fils contre leur père. Difficile de ne pas y entendre une leçon, mais elle est ambigue (est-ce "faut pas tuer papa" ou "pas si grave si tu le fais" ??).
Après sa mort, Télémaque règne pendant 80 ans à Ithaque (c'est compris Tom Holland ??) et Télégonus devient roi dans l'île de Circé (lui il ne règne que 60 ans #looser)
Ses funérailles sont grandioses (je traduis) : "En Achaïe on l'a porté, Là il fut oint et embaumé, Là lui firent un beau tombeau, De tout son siècle, pas de plus beau. Merveille ! Il repose en hauteur, Et longtemps fut pleuré avec douleur." (Roman de Troie, v. 30250-30262)
Cette mort était prophétisée : Ulysse avait rêvé qu'il serait tué par un aiguillon de raie (ou une arrête de poisson). Or le pavillon du navire sur lequel Télégonus est arrivé représente précisément... une arrête de poisson. C'est la mer qui vient reprendre Ulysse...
Ulysse, sans le savoir, a quitté Circé enceinte de lui. Des années plus tard, ce fils, Téléognus, arrive à Ithaque pour connaître son père... mais les deux hommes s'affrontent. Télégonus, gravement blessé, frappe mortellement Ulysse.
Ulysse au Moyen Âge, épisode 4 : la mort. Benoît de Sainte-Maure termine son récit avec une partie de la légende familière à l'époque antique et médiévale, beaucoup moins maintenant : ce qu'on appelle la Télégonie, qui raconte... la mort d'Ulysse ⬇️
La lecture christologique de la figure d’Ulysse remonte au Ier siècle ap JC : la figure d'Ulysse attaché au mât est directement rapprochée à celle du Christ en croix. L'Ovide moralisé, adaptation médiévale des Métamorphoses d'Ovide, identifie Ulysse au Christ.